Comment tuer son équipe en 10 leçon: Leçon Nº8 : Être d'une mauvaise foi écoeurante

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À présent que votre équipe est en souffrance, il vous faut en bon anti-manager accroitre encore leur désintégration intérieure. Pour cela l’anti-management recommande d’aller, après leur amour-propre dans la leçon précédente, toucher ce qu’il y a de plus profond en eux : leurs valeurs. En premier lieu l’honnêteté et l’intégrité. Vous allez donc les entrainer sur la voie du mensonge, mais subtilement et graduellement, car rien n’est plus écœurant que réaliser que quelqu’un en qui on a confiance nous ment. Vous allez les déchirer intérieurement. Cette stratégie est infaillible pour décimer l’équipe. Quelques conseils issus des dernières recherches en anti-management pour mieux la mettre en oeuvre:

1- Exiger la vérité
Il est évident que pour que la chute soit violente, il faut d’abord les emporter haut. De manière pratique, cela consiste à leur laisser d’abord croire que la vérité et la probité sont intrinsèques autant à votre être qu’à leur travail. Dans ce but trois suggestions :

Érigez la vérité en valeur fondamentale
Dès leur arrivée soyez extrêmement insistant(e) sur l’importance de la vérité et sur le fait que vous ne transigerez jamais avec elle, posant ainsi les bases du système que vous ferez sauter par la suite. Allez jusqu’à dire explicitement à votre équipe que vous ne supportez pas le mensonge, que cela vous met hors de vous et que vous tenez à ce que votre équipe vous dise systématiquement la vérité. A ce stade votre équipe est encore fraiche et motivée, et leur intégrité fait peu de doute, donc cela leur semblera une évidence. Ajoutez qu’ils auront plus à vous craindre si vous découvrez qu’ils vous ont caché quelque chose que s’ils vous avouent leur faute et vous les aurez définitivement convaincus.  Pour encore renforcer cette sensation, faites leur rapidement des confidences sur les autres, sur les anciens, sur votre passé, prétendant ainsi partager avec eux toute la vérité, en les encourageant à en faire de même. Cela facilitera le recueil d’informations dont vous saurez vous resservir (cf Leçon Nº5).

Exigez de tout savoir sur tout
Au-delà d’exiger qu’on ne vous mente pas, votre équipe doit rapidement comprendre qu’il faut absolument tout vous dire. Dans la lignée du contrôle permanent que vous exercerez rapidement sur eux (cf Leçon Nº3), demandez explicitement à avoir un compte rendu détaillé de toutes leurs activités ou discussions de la journée, immiscez-vous dans leurs réunions et conversations, exigez de voir « où ils en sont » plusieurs fois par jour et prenez- les en tête à tête régulièrement pour obtenir leur avis « honnête et sincère » sur les autres. Au moindre essoufflement de ce flot continu d’information, faites-un scandale et déchainez vos foudres sur la personne en question, rappelant à qui veut l’entendre que « cette rétention d’information est totalement inacceptable ». Ils sauront à quoi s’en tenir.

Punissez sévèrement tout mensonge
Et si d’aventure vous apprenez qu’une personne de votre équipe vous a menti, ne serait-ce que par omission, convoquez la immédiatement pour la remettre à l’ordre en lui faisant sentir à quel point il est « gravissime » qu’il ou elle vous ait menti. Sanctionnez par un mélange de silence lourd, de reproches virulents et de sermon public, et n’hésitez pas à aller jusqu’au licenciement pour montrer à quel point il s’agit d’une faute terrible et d’un péché mortel. Un employé essaie de faire passer discrètement ses courses en notes de frais: couvrez-le d’opprobre et mettez-le à la porte pour tentative de fraude (même si c’était lié au fait que vous ne pouviez lui donner de ticket restaurant). Votre équipe, toute craintive qu’elle devienne, ne pourra remettre en question votre éthique et votre sens moral.

Jusqu’à ce que vous lui prouviez le contraire.


2- Être d’une mauvaise foi sans borne
Et c’est là qu’il faut inverser la vapeur, d’abord subtilement puis de manière plus évidente, en refusant ouvertement d’admettre la vérité dès lors que celle-ci vous dérange.

Refusez d’admettre vos erreurs
Il est clair que la première et principale application de la mauvaise foi sera de réfuter la vérité dans toute situation où vous êtes en faute ou exposé(e) à des reproches. Quelle que soit l’évidence- et surtout si elle est irréfutable, refusez- la en bloc. Entrainez-vous d’abord sur des choses futiles : si vous incendiez à tort quelqu’un pour son retard et qu’il vous dit vous l’avoir envoyé la veille : « non je n’ai pas reçu ton mail » (surtout si d’autres en CC l’ont reçu), alors que vous avez laissé votre collaboratrice à la porte en arrivant en retard « pas du tout, j’étais là avec XXX » (surtout si XXX est arrivée avec la collaboratrice en question). Puis passez au niveau suivant en reniant vos propres paroles : après qu’un collaborateur a passé la soirée à faire un travail dont vous n’êtes pas satisfait(e) « je ne t’avais jamais demandé de faire comme ça!», lorsqu’une collaboratrice vient réclamer le remboursement des frais qu’il a engagé à votre demande « je ne t’ai jamais dit de faire passer ça en frais! » ou si elle vient vous dire qu’elle ne comprend pas pourquoi un fournisseur prétend ne pas avoir été payé pour un service rendu « non je ne lui ai rien commandé ».  Avec l’aplomb nécessaire et si votre autorité d’anti-manager est bien implantée- ce qui doit être le cas à ce stade-, ils n’oseront pas remettre en question vos déclarations. Mais le doute en eux s’ajoutera au stress permanent.


Et accusez-en les autres
Pour enfoncer encore le couteau dans la plaie, assurez-vous de retourner la moindre situation vous remettant en cause contre votre équipe.  Commencez par régulièrement leur reprocher, avec un aplomb écœurant, tout ce qui pourrait à leurs yeux constituer vos propres faiblesses, en les invectivant avec des : « tu n’as pas été assez convaincant lors de cette réunion », « tu devrais travailler ton style vestimentaire », « tu n’es pas assez concentré quand tu travailles », « je trouve que tu manques d’empathie », coupant ainsi l’herbe sous le pied de leurs possibles remarques avec une mauvaise foi innommable. Et dès que l’occasion se présente, faites-leur porter le chapeau avec virulence pour vos propres erreurs, soit directement « tu ne m’avais pas envoyé l’adresse » (vous l’aviez laissé au bureau), « tu as oublié de me faire suivre le document » (vous ne l’avez pas lu) etc., soit indirectement « YYY n’a pas été capable de faire ce que je lui avais demandé », « XXX s’est trompé dans son analyse » etc. Dans les deux cas mixez mépris et assertivité dans votre ton, avec suffisamment de colère sous-jacente pour que personne n’aille s’aviser de contester votre mauvaise foi pourtant si évidente.

Après une phase d’incrédulité et de remise en question personnelle- ce qui peut en soi être destructeur puisqu’ils ne savent plus où est la vérité et iront jusqu’à croire qu’ils ont tort- vous pouvez être certain(e) que les ulcères de rage vont pousser comme fleurs au printemps dans les viscères de vos collaborateurs. Il peut même arriver dans les meilleurs cas que cette rage intérieure dévorante explose entre eux -puisqu’il faut bien trouver des coupables, accélérant d’autant leur dégénérescence physique et mentale.


3- Mentir ouvertement
Au-delà de simplement nier la vérité, rien ne peut exaspérer plus un collaborateur que le mensonge criant et délibéré. Si vous les avez bien recrutés intègres et que votre travail décrit en partie 1 a porté ses fruits, ils tomberont de haut.

Réécrivez l’histoire 
Pour commencer, ayez une vision très flexible du passé. S’il va de soi que vous aurez communiqué votre version très personnelle votre glorieux passé « à 26 ans je gérais seul(e) une marque internationale », « on allait me promouvoir mais je suis parti(e)» (vous étiez assistant(e) chef de produit et vous avez été mis(e) à la porte) pour mieux asseoir votre autorité et dévaloriser votre équipe, il est de bon ton de réécrire également l’historique et les précédents du métier. Il sera donc absolument normal d’exiger un rapport «sur mon bureau d’ici 2h » puisque c’est « la norme pour ce métier », ou de prétendre que auriez à leur place « deux fois plus de travail et deux fois moins de temps » et que dans les entreprises concurrentes « ils travaillent plus et sont moins bien payés que vous ». De même vous êtes fortement encouragé(e) à inventer de nouvelles procédures contraignantes et prétendre –le plus ancien de votre équipe ayant normalement moins de deux ans d’ancienneté-  qu’elles ont toujours existé « on a toujours posé nos vacances trois semaines en Août et deux à Noël, et on n’a jamais pris nos RTT », « on n’a jamais eu le droit d’aller sur les mails perso sur les ordis de travail ». Bien entendu ne vous gênez pas pour partir au ski une semaine en Février ou aller régulièrement sur vos mails perso au bureau. Comme toujours vous êtes au-dessus des lois.


Inventez des justifications
Lorsqu’une situation devient inacceptable et difficile à tenir malgré votre mauvaise foi, mentez ouvertement sur la situation. Que ce soit sur l’avancement réel d’un projet, sur un problème informatique récurrent ou sur les départs qui commencent à être nombreux et réguliers (si vos leçons d’anti-management sont bien appliquées), inventez des explications, des excuses ou même des complots : par exemple, votre interlocuteur chez le client « est un incapable et devrait être viré» (vous êtes en retard sur vos délais),  XXX est trop sensible « j’ai dû la mettre moi-même dans un taxi en larmes » (elle est partie très énervée), YY était dangereux « je l’ai viré car il a menacé de me frapper » (il vous a accusé de harcèlement moral) ou bien l’ancien CTO «a effacé des lignes de code en partant et mis en l’air le site internet pour se venger» (vous n’y connaissez rien et avez perdu les codes d’accès au site). Soyez extrêmement créatif, plus la justification sera grosse et plus vous choquerez violemment votre équipe lorsqu’ils apprendront la vérité. Le dégoût s’ajoutera alors à la rage, et plus d’un y succombera.

Demandez-leur de mentir
La seule chose pire que d’assister à un crime, c’est d’y être associé.  Pour porter le coup de grâce à votre équipe déjà bien faible, demandez-leur de renier leurs principes et de mentir. N’oubliez pas que si cela vous est facile, ils risquent de se rebuter au début, il vous faudra donc passer en force en usant de votre « expérience » dans le métier pour les convaincre que c’est normal. Lorsqu’un client appelle car vous avez oublié le RDV, dites à un de vos collaborateurs de prétendre que vous êtes coincé(e) à un RDV très important, si un fournisseur vous relance demandez à un collaborateur de dire que vous n’avez pas reçu le produit commandé et d’éconduire l’interlocuteur, si vous avez laissé trainer un client, demandez à votre collaboratrice de faire semblant d’être étonnée qu’ils n’aient pas reçu son mail (et de le « renvoyer » en effaçant la date (il n’avait jamais été envoyé). Mais au-delà de ces petits mensonges, demandez à vos équipes de mentir au client lors de leurs missions, non seulement en tenant le même discours que vous sur vos prétendus « gros clients fidèles » et sur votre « présence mondiale », mais en déformant les données collectées pour arriver au résultat que vous souhaitez présenter. Et laissez-leur le plaisir de communiquer eux-mêmes les résultats « dramatiques » pour voir sur leur front le pli de la culpabilité se dessiner peu à peu. Ils seront déchirés entre ce qu’ils savent et ce qu’ils doivent dire, et cette schizophrénie, si naturelle chez vous, leur sera vite insupportable. Pour finir, les meilleurs anti-managers recommandent de placer les plus intègres de vos collaborateurs en position de recrutement : charge à eux de donner envie aux suivants de venir prendre leur place. Sachant que vous passerez derrière ils n’auront d’autre choix que d’être convaincant. Peu de gens sont capables de survivre à un tel supplice psychologique.



La culpabilité s’ajoutant au dégoût et à la rage dans un contexte que vous veillerez à maintenir aussi stressant que dévalorisant, vous obtiendrez sans aucun doute une première vague d’effondrement. Et les autres suivront rapidement…

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