Comment tuer son équipe en 10 leçons? Leçon Nº3: Etre en contrôle permanent

                                                                        Image courtesy of David Castillo Dominici/ Freedigitalphotos.net

A présent que l’autorité absolue est établie, c’est le contrôle permanent qu’il faut instaurer et accentuer, condition nécessaire à la mise en œuvre de votre plan d’anti-management. Un bon anti-manager doit absolument être à tout moment au fait des gestes de son équipe, et demeurer le centre névralgique de leurs actions, dont pas une ne sera laissée au hasard.  Et cela ne peut se faire qu’avec le plus strict respect de certaines règles de base détaillées ci-dessous. Je me permets d’insister sur le besoin de scrupuleusement suivre ces règles et ne jamais relâcher le contrôle si vous ne souhaitez pas voir vos efforts anéantis. 


1- Ne déléguer aucune responsabilité:

Il est évident que si l’anti-manager excelle dans la délégation systématique de toutes les tâches rébarbatives ou délicates-votre équipe est là pour produire, vous pour détruire- il ou elle sait également ne jamais déléguer de responsabilité réelle sous la moindre forme que ce soit. A ce titre, trois règles clés:

Prenez toutes les décisions
Le pouvoir de décision doit demeurer votre prérogative absolue. Prenez de manière ostentatoire vous-même la moindre décision (et ce quelle que soit son importance- du prix d’une mission au rachat de papier toilette- car il s’agit d’un principe) et veillez à bien faire savoir qu’une décision prise sans votre accord est une faute grave. Si cela peut vous servir omettez de préciser « accord écrit », ce qui vous permettra de les accuser si d’aventure une décision prise en accord oral par votre équipe s’avérait mauvaise.  Vous pouvez à l’occasion demander conseil au sujet d’une décision,  mais exclusivement pour mieux vous approprier l’idée suggérée si elle est pertinente ou pour rejeter le blâme sur celui qui l’a produite si elle ne l’est pas. C’est toujours vous qui avez le point final.

Soyez dans tous les projets
La conséquence logique de ce premier point est votre omniprésence sur tous les projets, faute de quoi il vous faudrait leur laisser la capacité de décider eux-mêmes. Or votre équipe n’est pas capable d’autonomie- vous pouvez si besoin vous en persuader en leur laissant mener un projet seul, vous verrez vite qu’ils arrivent à un résultat différent du vôtre, donc par définition mauvais. Par conséquent, assurez-vous que vous êtes derrière chaque projet, et contrôlez son bon déroulement tâche par tâche. Tout en donnant l’illusion de vous concentrer sur des tâches « à haute valeur ajoutée », immiscez vous subrepticement dans chaque groupe de travail, dans les réunions, demandez à être en copie de chaque mail, et restez au centre de chaque décision concernant le projet, dont vous aurez le soin de modifier régulièrement les tenants et les aboutissants.

N’accordez votre confiance qu’en cas d’échec
Ne montrez aucun signe de confiance quand à la capacité d´autonomie de votre équipe. Ne les responsabilisez surtout pas en leur donnant carte blanche sur un projet, cela aurait des conséquences catastrophiques sur votre autorité. L’anti-management recommande cependant, si vous êtes absolument certain(e) de leur échec futur dans la tâche confiée, de feindre une confiance totale pour les laisser libre d´échouer.  En particulier lorsque vous pensez échouer dans une tâche, donner leur le panache blanc et laissez les partir au charbon pour vous. Vous pouvez même aller un cran plus loin en leur refusant votre temps ou votre aide sous prétexte qu’ils sont « responsables », précipitant ainsi la probabilité de leur chute. N’omettez jamais d’en faire publiquement des coupables lorsque l´échec surviendra.


2- Etre le maitre de l’information:

Celui qui contrôle c’est celui qui sait. Tout bon anti-manager doit donc parfaitement maitriser l’information qui circule au sein de son équipe, et s’assurer qu’il est au centre de tout flux d’information, qu’il peut endiguer à souhait. Pour cela trois recommandations :

Cherchez à savoir tout sur tout…
Il est capital que vous soyez informé en temps réel non seulement du quotidien officiel de votre société dans son ensemble mais également des faits et gestes de chaque membre de votre équipe. Rien de ce qu’ils font, disent, produisent et même pensent ne doit vous échapper. Plus vous en saurez sur eux et mieux vous les contrôlerez. Pour cela il est extrêmement important de savoir recueillir non seulement un maximum d’informations officielles, en exigeant d’être en copie de toute communication, en contrôlant chacune de leurs productions, en demandant un rapport journalier précis et détaillé par écrit des activités de chacun, mais aussi en collectant des informations officieuses, par exemple en ayant des conversations « anodines » en aparté avec les différents membres de l’équipe, en surprenants (ou épiant) les discussions de couloir ou en lisant les mails ou leurs notes par-dessus leur épaule. Un moyen efficace de parvenir à extorquer ce genre d’information consiste à faire semblant de vous intéresser à votre équipe et à leurs ressentis, en leur demandant par exemple d’un air compréhensif leur opinion sur telle ou telle autre personne. Recueillez des informations personnelles et notez tout. Récompensez discrètement chaque geste de véritable délation en feignant une confiance accrue avec les plus loquaces. Si besoin sortez du cadre professionnel en les emmenant boire ou manger avec vous un soir. Faites les boire en prenant soin de vous contrôler et glissez quelques confidences pour mieux en recevoir. Là encore ayez soin de tout garder en mémoire, cela vous servira toujours plus tard.

…mais gardez-le pour vous
Ce point est clé. Le pouvoir résidant dans la différence d’information, vous ne pouvez pas vous permettre de faire librement circuler les informations qui pourraient être utile à votre équipe pour s’émanciper de votre contrôle. Mettez donc en place un système d’information extrêmement centralisé et dont vous êtes le pivot.  Un bon anti-manager fait de la rétention d’information en permanence. Sous couvert de confidentialité, découragez la circulation d’information sur les différents projets en cours ou sur la situation générale de la société (hormis le fait qu’elle se porte mal à cause du manque d’efficacité de votre équipe). Ne donnez aucune information, ou la plus vague possible, sur votre stratégie à long terme, ou sur les raisons qui justifient vos décisions. Limitez la formation initiale de votre équipe et lorsque vous leur confiez une tâche, ne vous étendez pas sur le sens de celle-ci, fournissez le strict nécessaire à sa réalisation. Et de temps en temps omettez de fournir une ou deux informations clés afin de les mettre en échec puis de leur reprocher de n’avoir pas d’eux-mêmes cherché cette information.

Modifiez l’information à loisir
Tout anti-manager est bien conscient que dire la vérité, comme toute optique de transparence, représente un danger, et que la vérité reste une notion relative. Il est donc fortement recommandé de faire usage de mensonges et de mauvaise foi chaque fois que la situation pourrait vous causer du tort, par exemple lorsqu’une erreur pourrait vous être imputée.
N’hésitez pas si besoin à nier vos paroles ou actions antérieures-si elles n’ont pas de trace écrite, à revenir sur vos décisions ou à distordre la réalité, « j’étais coincée dans un call tout l’après-midi », « non je n’ai pas reçu ton mail, il a dû aller dans mes spam», « ca ne me prend pas plus d’une heure d’écrire ce document, pourquoi tu es dessus depuis trois heures? ».
Attachez-vous également à faire circuler des rumeurs ou à faire des confidences, chaque fois sous le sceau du secret pour éviter des recoupements internes, au sujet d’un membre de l’équipe « hier elle a fait une crise de nerf et s’est effondrée en larmes au bureau », « je pense qu’il a des problèmes d’argent », « il ne produit rien en ce moment, il m’a dit qu’il se trouvait lent par rapport aux autres » etc. Cela vous permettra de contrôler les relations au sein de l’équipe et surtout d’obtenir en retour des confidences au sujet de ses membres-que vous veillerez à déformer avant de les colporter.
Bien entendu détruisez entièrement toute information réelle ayant trait aux personnes qui ont quitté l’entreprise et étalez-vous longuement sur les motifs ou conditions « officielle » de leur départ « son fils allait mal », « sa mère avait des problèmes de santé », « elle était bipolaire » etc. Vous apprendrez dans une prochaine leçon à leur forger efficacement une mauvaise réputation.


3- Micromanager:

La théorie de l’anti-management est sans ambigüité sur ce point : il faut contrôler de manière millimétrique et systématique chaque étape de la production de vos subordonnés. C’est une des méthodes les plus efficaces sur le long terme pour tuer une équipe, donc fournissez tous les efforts possibles pour y parvenir.

Fixez unilatéralement leur planning
Pour vous assurer de contrôler efficacement leurs activités, prenez soin de fixer vous-même leurs activités, leurs projets et leurs deadlines. Décidez de comment vous répartissez les tâches, de qui doit faire quoi et quand etc.  Nul n’est mieux placé que vous pour savoir à quel rythme ils doivent produire, à eux ensuite de s’y adapter. Créez leur to-do list et mettez là en ligne afin de pouvoir surveiller sa progression. Ne vous arrêtez évidemment pas lors de son élaboration aux considérations liées aux temps légaux du droit du travail ou aux contraintes personnelles de votre équipe, d’une part cela n’a aucune importance, d’autre part il est souhaitable qu’ils ne puissent pas atteindre les objectifs que vous leur fixez, faute de quoi ils pourraient penser qu’ils sont compétents. Par contre prenez soin de les responsabiliser en apparence en leur demandant comment ils comptent s’organiser pour respecter ces délais. Exigez d’eux qu’ils découpent le plus finement possible chaque tâche donnée, ainsi que le temps qu’ils pensent y allouer et la date à laquelle ils vont vous livrer le produit intermédiaire ou final.  Veillez donc à ce qu’ils vous fournissent un agenda prévisionnel de chaque journée intégrant vos exigences, ce qui vous permettra de le modifier  s’ils sont trop réalistes et de justifier les tâches supplémentaires que vous ne manquerez jamais d’ajouter à leur to-do list afin de leur reprocher à la fin de la journée de ne pas savoir gérer leurs priorités et d’être inefficaces.

Contrôlez systématiquement toute production
Une fois leur planning sous contrôle, exigez d’eux qu’ils vous fassent valider la moindre production au fur et à mesure de son élaboration. Relisez et corrigez systématiquement, ne serais ce que pour la forme. Ordonnez de faire des modifications sur chaque document qu’ils ont produit afin de justifier ces nombreuses itérations. Assurez-vous d’être ainsi régulièrement le goulot d’étranglement de leur travail, afin de les bloquer pour avancer et de leur reprocher ensuite leur manque d’efficacité. Bien entendu ne corrigez jamais vous-même, mais prenez le temps de leur signaler en détail tout ce qui ne va pas dans leur travail, en restant vague sur la correction attendue. Cela est certes chronophage, mais une stratégie payante. Au-delà de la frustration permanente que cela engendrera sans faute, cela vous permettra de contrôler – et punir le cas échéant-  qu’ils ont bien intégré chacune de vos modifications.

Soyez constamment derrière leur dos
Enfin, et en sus d’exiger un rapport d’activité quotidien avec en PJ tous les produits finis ou avancés ce jour, il est capital de contrôler physiquement la production. Tout anti-manager sait parfaitement qu’au moindre relâchement ils arrêteront de produire, réfléchirons, parlerons entre eux et deviendront un danger. Installez-vous donc régulièrement au milieu de leurs bureaux, regardez par-dessus leur épaule et demandez à de courts intervalles où ils en sont-en exigeant des preuves. Si besoin faites-les même travailler en face de vous, en particulier si vous pensez qu’ils ont des chances de faire une erreur. Rien de tel qu’un faux pas commis sous vos yeux pour ensuite les mettre au pilori. Si d’aventure vous vous absentez physiquement, veillez à maintenir un tir serré de mails exigeant d’abord le programme de leur journée puis demandant l’avancement de chaque projet heure par heure. Envoyez alors des commentaires et des corrections à passer par mail, si possible de manière désordonnée afin d’augmenter la probabilité qu’ils en oublient une, ce que vous pourrez alors leur reprocher facilement.


NB: Tout cela n’empêche pas de donner à votre équipe un semblant de liberté ou de relâcher votre contrôle lorsque cela permet une faute dont vous saurez faire bon usage par la suite, mais toujours de façon parfaitement calculée et maitrisée. Par contre cela ne suppose absolument pas de vous contrôler, l’essence même de vos qualités d’anti-manager résidant dans votre incapacité totale à faire preuve d’autocontrôle.

Si vous appliquez à la lettre les trois premières leçons d’anti-management, les premiers signes de faiblesse devraient commencer à apparaitre au sein de l’équipe au bout de quelques semaines. Vous laissant champ libre pour mieux les épuiser.

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